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Gargantua

Le mythe Gargantua dans l’Ain

Le festin de Gargantua vu par Gustave Doré

Notre département possède un patrimoine mythologique qui fascine car on ignore à peu près tout de sa genèse. Le fondateur de la Société de Mythologie française, M. H. Dontenville, résume ainsi notre méconnaissance du sujet : « si étrange, si invraisemblable que cela soit, nous pénétrons dans un monde à peu près ignoré. Le plus vieux patrimoine spirituel du peuple de France nous est étranger ». On a longtemps cru que Rabelais était le père de Gargantua. Pourtant ce géant existait partout en France dans les traditions populaires bien avant que Rabelais ne lui fasse une place de premier choix dans la littérature. Derrière la figure de ce géant truculent et glouton se cache une très ancienne divinité, déjà présente sur nos territoires à l’époque des Ambarres et très probablement bien antérieurement.

En savoir plus sur les Ambarres : Les Ambarres, ancêtres des dombistes – 235 ko – PDF

Les exploits du géant sont innombrables : aux quatre coins du département, on vantait il y a encore peu, l’appétit de Gargantua. Quant aux curiosités de la Nature, aux phénomènes géologiques particuliers, rares sont ceux qui ne portent pas sa signature.

Plusieurs historiens ont participé à l’inventaire du mythe de Gargantua : Désirée Monnier, Aimé Vingtrinier, Denis Bressan et Eugène Dubois, pour ne citer que les plus connus. La liste de légendes que je vous propose puise très largement dans leurs travaux. Elle n’est pas exhaustive, mais elle suffit à rendre compte combien le personnage était présent, quelle force et quelles prouesses on a pu lui prêter.

Bâgé-la-Ville :
Un jour que Gargantua était de passage dans ce village, il se fit préparer à dîner. Pour assouvir sa faim, on ne lui offrit pas un simple fromage blanc avec une douzaine de gaufres de blé noir. On lui prépara un grand cuvier de pigea, c’est-à-dire un potage de riz au lait, lié avec un peu de farine de froment, un vrai régal pour les Bressans. Six hommes furent chargés de le lui jeter dans la bouche avec des pallans, ces larges pelles en bois servant à remuer le blé dans les greniers pour le faire sécher. Un des hommes échappa son pallan qui suivit le même chemin que le pigea qu’il contenait. « Qu’est-ce que c’est que ça ? dit le géant en avalant le tout ; un grain de millet qui n’est pas bien pilé ? »

Ceyzérieu :
Dans le Bugey, le géant avait aussi une réputation d’estomac sans fin. La légende rapporte qu’il lui fallait à chaque repas neuf fournées de dix-huit pains. 

Le bénitier de Cize près de la rivière d’AinCize :
Un jour qu’il se promenait sur la rive droite de l’Ain, il fut pris d’une soif ardente. A la hauteur du pont de Cize qui n’existait pas encore, se trouvait une énorme pierre qui surplombait la rivière et que l’on appelait le bénitier à cause de sa forme. Gargantua mit un pied sur le bénitier, l’autre sur la rive gauche à Daranche où se trouve aujourd’hui la gare de Cize-Bolozon. Il se pencha et but à même la rivière. A cette époque, de nombreux radeaux de sapins descendaient l’Ain depuis le Jura jusqu’à Lyon. Gargantua qui buvait à grandes gorgées et sans doute en fermant les yeux, en avala un par mégarde et sans le voir. Il se releva en toussotant légèrement, persuadé qu’il venait d’avaler un moucheron.

Groslée :
La légende est la même qu’à Cize. Le géant voulut se désaltérer alors qu’il était sur les bords du Rhône. Pour ce faire, il mit un pied sur le clocher de Groslée et l’autre sur le château de Chandée, dans l’Isère, distants l’un de l’autre de deux kilomètres. Il se pencha alors et tout en buvant à même l’eau du fleuve, il avala une sapinière chargée de cinq cents fagots de bois qui descendaient vers Lyon. Il sentit bien quelque chose qui lui chatouillait le gosier, mais il crut que c’était une simple mouche et n’en fut pas autrement incommodé.

Cuisiat (commune de Treffort-Cuisiat)
Un jour, mourant de soif, Gargantua s’approcha d’une rivière et avala une énorme quantité d’eau. Le lendemain, il se sentit dans l’estomac des petits picotements assez désagréables. Il alla trouver un médecin, qui après l’avoir ausculté lui dit que ce n’était pas grand-chose et qu’il allait le guérir sur le champ. Le médecin alla chercher un aiguillon comme en ont les cultivateurs, pénétra dans l’estomac de Gargantua et trouva une paire de bœufs attelés à une charretée d’épines que le géant avait absorbés par mégarde en buvant dans le gué. Il les retourna et les fit sortir tranquillement avec leur attelage. Gargantua était guéri.

Bourg-Saint-Christophe :
Il y a sur cette commune, en lisière de la plaine de la Valbonne, un monticule isolé, haut d’une quarantaine de mètres et surprenant par sa forme arrondie. On raconte que le géant, passant par là, sentit quelques graviers dans sa botte : il se déchaussa, la vida et forma ainsi cette petite colline ronde, le Molard.

Virieu-le-Grand :
Entre ce village et celui de Pugieu, il y a trois petits lacs bizarrement disposés en demi-cercle et placés en enfilade dans la dépression qui aboutit au Furans. C’est le géant qui, passant par là, aurait enfoncé ses bottes dans ce terrain humide et y aurait formé ces creux aujourd’hui remplis d’eau.

Culoz :
Gargantua traversa un jour cette contrée ; c’était sans doute à la fin de l’hiver, au moment du dégel. Il venait de faire un long voyage à travers champs, et partout, de la terre, des pierres, des rochers étaient restés collés à la semelle de ses bottes, formant d’énormes gamaches, comme on dit en Bresse. Il y en avait une masse tellement considérable que sa marche avait fini par être gênée, surtout pendant qu’il traversait les marais qui bordent le Rhône. Il secoua les pieds pour s’en défaire. Résultat : ce qui se détacha d’un de ses pieds forma, d’un côté du fleuve, le Molard de Lavours, dans l’Ain ; ce qui se détacha de l’autre, le Molard de Vions, en Savoie.

D’après certains autres conteurs, ces deux molards se seraient formés autrement. Gargantua franchissait le Rhône avec une besace sur l’épaule. Sous l’action du saut, cette besace se fendit en deux. Il en tomba la moitié dans l’Ain et l’autre moitié en Savoie.

Bouvent (commune d’Oyonnax)
Il y a dans cette localité, au lieu-dit « sous les Devins », un terrain de deux hectares environ, ayant absolument la forme d’un fer à cheval et dénommé pour cette raison « le pas du cheval ». C’est la monture de Gargantua qui y a posé le pied, imprimant au sol la forme de son fer.

Et ailleurs :
On dit encore que Gargantua s’est assis sur le clocher de l’église de Mantenay-Montlin pour se laver les pieds dans la Reyssouze. A Divonne, une bretelle de sa hotte cassa : son lourd chargement se répandit au sol. Les matériaux étaient si considérables qu’ils formèrent le Mont Moussy. Sur la commune d’Arbignieu, un bloc erratique porte le nom d’étron de Gargantua. Non loin de là, à Thoys, on pouvait autrefois admirer une pierre à cupules : ce bloc erratique en grès aurait été jeté depuis le hameau du Plâtre jusqu’à celui de Thoys par le géant qui aurait laissé l’empreinte de ses doigts dans la pierre. Aujourd’hui, on l’appelle encore la boule de Gargantua. Des blocs erratiques, Gargantua en a lancé bien d’autres : à Ceyzérieu, par exemple. Mais c’est dans le pays de Gex où l’on trouve le plus de ces boules de Gargantua ou galets de Gargantua : à Arbère (commune de Divonne), à Vesancy, à Thoiry, etc.

L’autre nom des Nantuatiens…

Enfin, je finirais avec une truculente anecdote rapportée par Denis Bressan :

« Si vous n’avez pas les narines trop délicates, suivez moi dans le Haut-Bugey. En 1897, j’étais allé passer quelques jours à Nantua. En arrivant, un ami m’accueillit par ces mots :
– Ah ! Tu viens trouver les catolards ?
– Les catolards ?
– Tu ne connais pas les catolards ?
– Non.
– Tu sais bien ce qu’est une catole de chèvre ?
– Parbleu ! J’ai été berger en Bresse et j’avais une chèvre qui faisait des petites dragées noires appelées catales en patois.
– Catales ou catoles, c’est kif kif. Eh bien ! Lorsque Gargantua est venu ici, il s’est arrêté un moment pour nous faire cadeau des produits de sa digestion. Et il en est résulté une catole d’un côté et le lac de l’autre. Catole, catolards, tu comprends !
– Et les Nantuatiens ne protestent pas ?
– Ils sont gens d’esprit et sont les premiers à rire de cette appellation… humoristique. »

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